Commission canadienne du sûreté nucléaire
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Qu’est-ce qu’une concentration sûre de radionucléides dans l’air et l’eau?

Eau potable et produits alimentaires

Conditions normales

Dans des conditions normales, les lignes directrices pour l'eau potable ont été calculées à l'aide des recommandations publiées en 1996 par la Commission internationale de protection radiologique (CIPR). Les concentrations maximum admissibles (CMA) dans l'eau potable ont été établies pour les radionucléides naturels et artificiels qui sont les plus couramment détectés dans l'approvisionnement en eau canadien, à l'aide des équations et principes mondialement reconnus et fondées seulement sur des considérations liées à la santé. Elles sont calculées au moyen d'un niveau de dose de référence de 0,1 mSv pour une année de consommation d'eau potable, en présumant une consommation de 2 L/jour à une CMA.

Lignes directrices fondées sur la santé pour les paramètres radiologiques dans l'eau potable
Paramètres radiologiques
Césium 137 (137Cs) 10 Bq/L
Iode 131 (131I) 6 Bq/L
Plomb 210 (210Pb) 0,2 Bq/L
Radium 226 (226Ra) 0,5 Bq/L
Strontium 90 (90Sr) 5 Bq/L
Tritium (3H) 7 000 Bq/L

(Source : Comité fédéral-provincial-territorial sur l’eau potable – Recommandations pour la qualité de l’eau potable au Canada – Tableau sommaire, Décembre 2010)

Air

Le public peut être exposé aux rejets radioactifs provenant des installations nucléaires de diverses façons, par exemple par l’ingestion, les produits alimentaires, et par l’inhalation. Plutôt que d’établir des limites spécifiques pour chacune d’elle, la CCSN requiert que la dose à la personne la plus exposée, toutes voies d’exposition confondues, ne dépasse pas la limite de dose du public (1 mSv) et qu’elle soit la plus faible qu’il soit raisonnablement possible d’atteindre, en dessous de la limite de dose du public. Il s’agit du principe ALARA (de l’anglais As Low As Reasonably Achievable). On arrive à ce résultat en établissant des limites, appelées limites opérationnelles dérivées (LOD), pour les rejets en suspension dans l’air et les rejets liquides de matières radioactives provenant d’installations nucléaires exploitées dans des conditions normales.

Les LOD tiennent compte de toutes les voies d’exposition; la matière tombant au sol, l’absorption par les cultures et les animaux, et l’ingestion subséquente par les personnes, et l’inhalation de l’air. Le calcul des LOD se fonde sur la norme de l’Association canadienne de normalisation (CSA) N288.1-08, Guidelines for calculating derived release limits for radioactive material in airborne and liquid effluents for normal operation of nuclear facilities. La CCSN publie les rejets relatifs aux LOD dans le document INFO-210, Données sur les rejets radioactifs des centrales nucléaires canadiennes.

Les LOD servent à établir un contrôle à la source même du rejet. Conséquemment, les limites de rejet ou LOD, ne contrôlent pas spécifiquement la radioactivité dans l’air ambiant mais contrôlent ou limitent les taux de rejet de radioactivité au point de rejet dans l’environnement. Elles tiennent compte de toutes les voies d’exposition raisonnablement possibles des rejets en suspension dans l’air pour les membres du public, y compris l’inhalation.

Dans le but de mettre en contexte les mesures de la radioactivité dans l’air ambiant (en Bq/m3), vous trouverez ci-dessous la concentration de radionucléides en suspension dans l’air pertinents sélectionnés, de telle sorte que, si chacun d’eux était inhalé durant une année (24 heures par jour, à chaque jour), la dose résultante serait de 0,1 mSv. La valeur de 0,1 mSv a été sélectionnée comme point de référence dans ce cas-ci, de façon à rendre fidèlement l’approche entérinée dans les recommandations pour l’eau potable de Santé Canada. Ces valeurs ont été calculées en se fondant sur la norme N288.1-08 de la CSA et présument que l’exposition aux radionucléides mentionnés l’a été par inhalation seulement. Elles tiennent compte de chaque groupe d’âge. Ces valeurs ne doivent pas être interprétées comme des limites réglementaires établies par la CCSN, mais plutôt comme des valeurs de référence fournies dans un but contextuel.

Tableau 1 : Concentration dans l'air occasionnant une dose annuelle de 0,1 mSv

Radionucléide Concentration dans l'air occasionnant une dose annuelle de 0,1 mSv
  Bq/m3
Strontium 89 1,4
Strontium 90 0,2
Iode 131 0,2
Césium 134 0,2
Césium 137 2,6

(Source: CCSN)

Lignes directrices pour l'eau et les aliments lors de situations d'urgence nucléaire

Santé Canada a établi des lignes directrices pour contrôler l’eau potable et les aliments produits commercialement contaminés par la radioactivité dans le cas d’un accident nucléaire qui affecterait les sources d’eau potable. Les lignes directrices sont fondées sur la réduction de ce risque, en tenant compte du besoin de maintenir la sûreté, et la confiance du public, dans l’approvisionnement des aliments produits commercialement, en accord avec les objectifs recherchés par la Loi sur les aliments et drogues (Santé Canada, 1981/1998). Elles ont été élaborées à la suite d’un examen des recommandations actuelles en matière d’intervention publiées par diverses organisations internationales, notamment la Commission FAO/OMS du Codex Alimentarius (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture/Organisation mondiale de la Santé) de 1995. Les lignes directrices du Codex visent aussi le commerce international des produits alimentaires qui ont été contaminés par des radionucléides dans la première année suivant une situation d’urgence.

Dans ces lignes directrices, l’intervention qui vise à protéger le public des risques pour la santé attribuables à l’exposition au rayonnement s’exprime sous la forme de limites fixées aux niveaux des radionucléides admissibles dans les aliments produits commercialement et l’approvisionnement public en eau potable. Les seuils d’intervention représentent le point où l’aliment ou le breuvage deviennent insalubres et présentent un risque pour le consommateur. Les aliments et l’eau contenant des radionucléides à des concentrations dépassant ces niveaux seraient en principe retirés du marché de la vente ou de la distribution, et substitués par un approvisionnement de rechange.

Les seuils d’intervention pour les aliments et l’eau sont fondés sur un niveau d’intervention de 1 mSv, qui est appliqué de façon indépendante pour chacun de trois groupes alimentaires, en présumant que l’intervention est entièrement efficace pour éviter la dose. Le niveau d’intervention est évalué sur une période d’une année pour les radionucléides à période longue et sur une période de deux mois pour les radionucléides dont la période radioactive est moins de 300 heures (de 12 à 13 jours). Le tableau suivant montre les seuils d’intervention pour les radionucléides occasionnant vraisemblablement les doses de rayonnement les plus importantes.

Seuils d’intervention recommandés pour les radionucléides potentiellement importants pour la dose résultant de l’ingestion d’aliments ou de breuvages contaminés lors d’une situation d’urgence nucléaire
Radionucléide Seuils d’intervention (Bq kg-1)(1)
Lait frais liquide Autres aliments et
breuvages produits commercialement

Approvisionnement public d'eau potable
89Sr 300 1 000 300
90Sr 30 100 30
103Ru 1 000 1 000 1 000
106Ru 100 300 100
131I 100 1 000 100
134Cs, 137Cs 300 1 000 100
238Pu, 239Pu, 240Pu, 242Pu, 241Am 1 10 1

(1)Bq L-1 pour l'eau potable.
((Santé Canada (2000) – Lignes directrices canadiennes sur les restrictions concernant les aliments et l’eau contaminés par la radioactivité à la suite d’une urgence nucléaire)

Références